Un torrent s'est formé de la neige des monts ;
Il roule avec fracas ses bouillonnantes ondes,
Et, courant à travers les campagnes fécondes,
De l'habitant des champs ravage les moissons ;
L'effroi le suit partout. D'un tel bruit toute fière,
Sa naïade insultait celle d'une rivière,
Qui, sans répondre à ses propos,
Promenait à pleins bords de majestueux flots.
Mais la neige n'est plus. Ce torrent qui naguère
Faisait tant de fracas, décroissant tous les jours,
À la fin, ruisseau misérable,
Luttant contre des bancs de sable,
Tombe dans la rivière, et s'y perd pour toujours.
Toi, dont cette rivière est la fidèle image,
Et qui laisses, comme ses eaux,
Couler sans bruit tes jours égaux,
Léonard, contemple en vrai sage
Ce superbe mortel qui croit tout affronter ;
C'est à pas de géant qu'il poursuit sa carrière,
N'imaginant point de barrière
Qui jamais le puisse arrêter.
Mais sa grandeur n'avait cpi'une faible origine ;
Déjà nous le voyons toucher à sa ruine ;
Et peut-être demain l'homme aujourd'hui si fier
Rampera sous celui qu'il insultait hier.