Deux pigeons, dont les nids étaient proches l'un de l'autre, eurent une grande dispute par suite de jalousie.
Comme tous les matins ils s'envolaient dans un pré charmant pour y manger certaines graines mal gardées par le propriétaire.
Un jour l'un dit à l'autre : « Je t'en avertis, prends garde de me fatiguer, pauvre, misérable, meurt-de-faim ;
« Tu appartiens à un simple domestique, et moi je suis `à un gentilhomme. » Et, battant des ailes avec fureur, il le piquait à coups de bec, tout en disant ces mots.
Un aigle, posé sur les branches d'un cèdre, observait ces pigeons. Il s'élança au milieu d'eux et dit :
« Imbécile, pourquoi, ayant bec et ailes, souffres-tu que l'on te maltraite, sans te défendre aussitôt ?
- Grande reine des oiseaux, répondit le malheureux en soupirant, je lui ferais bien payer son insolente audace :
« Mais comme il appartient au seigneur et moi à l'humble serviteur, je sais que la olla m'attend, si je me risque à l'insulter. »
L'aigle, tournant ses regards vers l'autre, lui dit : « Hola ! est- ce juste cela ? Tu comptes sur l'impunité pour faire le mal sans rien craindre.
« Mais écoutez ce que je vous dis : Vous allez lutter corps à corps. Et toi, pigeon du grand, avant tout je te préviens
« Que, si tu te plains à ton maître de ce qu'aura pu te faire le pigeon de l'esclave, j'ai pour sbire un milan né tout à fait pour son emploi,
« Vorace comme un juge pauvre et qui saura, de ses grifses d'usurier, t'arracher de ton nid, toi, ta compagne et tes petits.
« Je lui donnerai l'ordre de t'amener en ma présence avec eux, et je vous dévorerai aussitôt, si l'on maltraite celui- ci à cause de toi.
« Sur ce, battez-vous ; il n'y a plus ici d'autre différence que celle du courage ; chacun pour soi et silence au vaincu. »
A peine l'aigle eût-il achevé ce sage discours, que l'humble injurié attaqua l'autre en disant :
« Tu vas me payer toutes les injures que tu m'as faites. » Tant et si bien que l'aigle dut, par charité pour l'orgueilleux.
Mettre fin au combat en plaçant son aile entre eux deux. Le vaniteux put ainsi sauver sa peau.
Ceux qui, fiers de leur influence, outragent le malheureux, trouveront dans cet apologue une salutaire leçon.
Si un grand est contre toi, soutenant ton adversaire, oppose-lui un autre grand, et la partie devient égale.





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