Un héron, oiseau qui a le bec fort long et les jambes fort hautes, côtoyait une rivière, il y vit abondance de carpes etde brochets (le héron est un grand mangeur de poissons) il aurait aisé ment pu les attraper ; mais il n'avait pas faim : la raison était fort bonne. Après quelques mo- mens, l'appétit vint : il retourne au bord de l'eau, pour trouver de quoi manger : mais les carpes et les brochets n'y étaient plus, c'était une grande perte pour lui : il vit des tanches ; ce mets ne lui plaisait pas, il lui fallait quelque chose de plus solide. Moi, manger des tanches, dit-il ! pour qui me prend-on ? Enfin il trouve des goujons. Des goujons ! A-t-on jamais vu un héron manger du fretin ? Quoi ! ouvrirai-je le bec pour si pou de chose ? - Il l'ouvrit pour moins : la faim le surprit et dans l'extrême besoin, ne trouvant rien autre chose, il fut très aise de rencontrer un limaçon.
Ne soyons pas si dissiciles, et ne dédaignons rien. Souvent en voulant trop gagner, on court risque de perdre tout.