Un alcade s'en allant certain jour pour prendre un malfaiteur, mit en réquisition les hommes les plus vaillants de l'endroit. Parmi ceux dont il fit choix se trouvait un fier-à-bras ayant plus de blessures que l'on ne donne de grains de riz pour un medio. Le juge regarda attentivement le tranche-montagne et l'entendit raconter la lutte dans laquelle il resta pour mort. Ensuite, appelant à part celui qui le lui avait présenté : « Ami, cet homme est très-brave, lui dit-il d'un ton plaisant, mais je désire que vous me fassiez à l'instant un plaisir : c'est d'emmener ce fanfaron et de m'envoyer celui qui le blessa. »
Je ne prétends point décider si l'alcade avait ou non raison ; mais, quant à son avis, je suis de la même opinion. Car, dans ces circonstances, celui qui fait la blessure et qui garde sa peau, est trente fois préférable au rodomont qui laisse faire.