ÉPILOGUE

Un castor avait hérité
Du terrier d'un renard, cousin de feu son pure.
Il y vivait bien abrité
Et n'avait point à craindre et des vents la colère
Et de l'hiver l'âpre rigueur.
Vous le savez, mon cher lecteur,
Les castors ont été dotés par la nature
Du talent de l'architecture.
Le mien s'estimait en cet art
Valoir Soufflot ou pour le moins Mansard.
Excusons-le : se croire un personnage habile
Est un de ces travers dont chacun a sa part.
Un jour qu'il méditait sur son obscur asile,
— Il faut, se dit-il, être fou,
Ou tout au moins être imbécile,
Pour se contenter de ce trou.
Vivre ignoré dans ce lieu solitaire,
Non, non, certes, jamais ne sera mon affaire.
D'ailleurs je sens en moi certain pressentiment
Qui me dit que je peux acquérir de la gloire,
Par la construction sur ce haut promontoire,
D'un magnifique bâtiment.
Notre castor se met à l'œuvre à l'instant même,
Travaille avec ardeur, avec un soin extrême.
Sa maison achevée, il s'étonne de voir
Des castors, renommés par leur profond savoir,
En critiquer, les uns telle et telle ouverture,
Celui-ci la façade, un autre ; la toiture,
D'autres enfin trouver le tout
Disgracieux, de mauvais goût.
Pour comble de malheur, un vent épouvantable
Fit tomber tout-à-coup le pauvre bâtiment.
Séduit par le pressentiment
Qui décida jadis le castor de ma Fable,
Gomme lui, m'étant cru capable,
J'ai voulu peindre en vers de l'homme les défauts,
Faire parler les animaux
Et rendre mon oeuvre publique.
Puisse-t-elle ne point d'une saine critique.
Mériter la juste rigueur
Et de mon architecte encourir le malheur !

Livre IV, fable 21




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